Les Éditions Le Chat Qui Louche – Son Histoire

Pour une fille qui s’adonne à la lecture depuis qu’elle est toute petite, envisager de lire sur une tablette numérique, c’était comme m’annoncer que je partais pour Pluton. J’étais de celles qui juraient que ça n’arriverait jamais.

Pourtant, en 2011, les éditions Le Chat Qui Louche spécialisées dans l’édition numérique voyaient le jour. Hé bien dis donc ! Comme quoi il ne faut jurer de rien.

Édition papier ? Numérique ?

Pour tout vous avouer, les éditions Le Chat Qui Louche sont l’aboutissement d’une série de discussions et de réflexions : le numérique allait permettre de se balader sur la planète avec sa bibliothèque en poche, suffirait désormais de télécharger des livres sur une clé ou une liseuse, fini les piles de livres à transporter dans son sac à dos, sa valise, son sac d’école.

«Les fous ouvrent des voies qu’empruntent ensuite les sages » Carlo Dossi

Le plus important peut-être, à mes yeux, la possibilité de donner à l’écrivain ce qui lui revient. Un auteur travaille deux ans, parfois plus, à la rédaction d’un bouquin. Une fois qu’il a trouvé éditeur, on lui offre un dix % par livre vendu, parfois moins. Certains auteurs plus chanceux ou plus populaires se mériteront un douze %. Bref, celui qui fournit la plus grande charge de travail récolte des miettes. J’entends d’ici éditeurs, libraires, distributeurs grincer des dents.

Blague à part, dans l’univers du livre, écrivain, éditeur, distributeur, libraire ont leur place et méritent leur salaire. Cependant, sans écrivains, plus besoin d’éditeurs, de distributeurs et de libraires. Ceci dit, il n’est ni exagéré ni utopique d’envisager que les profits des ventes des livres soient distribués de façon plus équitable suite à l’avènement du numérique. Oups ! J’entends d’ici les commentaires. Je sais, les éditeurs prennent des risques, encourent des frais. Je sais, grâce aux distributeurs, les livres parviennent aux libraires qui les mettent en vitrines. Cela justifie-t-il tout de même que libraires et distributeurs s’allouent des pourcentages qui fluctuent jusqu’à parfois 40 % ? Surtout quand on parle d’édition numérique ?

J’ai vu dans le numérique une possible révolution. Enfin, l’écrivain obtiendrait davantage qu’un maigre huit, dix, douze %. Après tout, je le répète, sans écrivains, au diable éditeurs, distributeurs, libraires !

J’ai vu la possibilité d’offrir aux auteurs d’être visibles par l’ensemble de la francophonie branchée sur le web, la possibilité de réduire le prix des livres pour les rendre plus accessibles encore. Voilà ce qui m’a persuadée de me lancer dans le numérique, moi qui jurais, il n’y a pas longtemps, que non, je ne succomberais pas et resterais fidèle au papier jusqu’à la mort.

Mais j’ai succombé…

Le 13 octobre 2011, à la Marina de Chicoutimi, les éditions le Chat Qui Louche procédaient à leur lancement officiel. Huit titres pour partir le bal. Huit écrivains qui m’ont accordé leur confiance, à qui j’ai proposé un 25 % en droits d’auteur. Faut bien commencer la révolution quelque part ! S’afficher en Gauloise du Nord ! Adopter une devise du genre « Rebelle un jour, rebelle toujours » !

Au lendemain du lancement, j’ai continué à suivre les avancées de l’édition numérique. J’ai vu les différentes maisons d’édition se mettre au numérique, adhérer aux plateformes sur lesquelles on peut se procurer des livres numériques. J’ai songé à les rejoindre. J’ai commencé les démarches jusqu’à ce que je constate que ce qui s’était produit dans l’édition du livre papier se reproduisait dans l’édition numérique. Libraires et distributeurs mènent le monde de l’édition, qu’il soit papier ou numérique, selon leurs règles. Je les comprends. Il y avait trop à perdre.

Je sais. En refusant de suivre le mouvement et d’adhérer à ces plateformes, je suis une goutte d’eau dans la mer. Je continue de croire au changement, de penser qu’il faut une première goutte, un premier pour sonner l’alarme. Je continue de penser que l’édition numérique est une chance à saisir pour les écrivains : les livres en ligne sont à la portée de la planète.

Pour ce qui est des éditions Le chat Qui Louche, elles continuent sur leur lancée. Je rêve qu’un jour j’offrirai davantage qu’un 25 % en droits d’auteurs aux écrivains qui ont pris le bateau avec moi en octobre 2011 et à ceux qui le feront dans l’avenir.

J’espère aussi que l’édition numérique sera accessible à tous, un de ces quatre, à un prix moindre que celui que plusieurs proposent. Ça ne coûte pas cher de rêver… Je suis passée aux actes.

Le numérique est aujourd’hui un incontournable. Impossible de faire sans lui. Sinon, c’est jouer à l’autruche.

Le virage vert, ça passe aussi par l’édition

Pour conclure, laissez-moi vous conter une anecdote. Au cours de l’année où je réfléchissais sur la possibilité de me lancer dans l’aventure des éditions Le Chat Qui Louche, j’ai acheté une liseuse, histoire de savoir comment c’était que de lire là-dessus. Nous étions en camping. J’ai sorti la liseuse de sa pochette. Premier point positif : l’écran lumineux m’éviterait d’avoir à utiliser la lampe frontale. J’ai une dent contre la lampe frontale. L’écran de ma liseuse diffusait une douce lumière qui allait me permettre de lire sans me fatiguer les yeux. Le bonheur !

J’ai commencé à lire. À un moment, j’étais si prise par ma lecture, que sans y penser, j’ai mouillé le bout de mon doigt avec de la salive et tourné la page de mon livre numérique comme je l’aurais fait avec un livre papier.

C’était le signe que j’attendais.
Dès lors, j’étais vendue au numérique, en avant la galère.

Sur ce, à vos tablettes, à vos écrans, je vous souhaite à tous de bonnes lectures.

D.T